E x t i m e (journal)

mercredi 10 février 2016

Corps chaos




Collages de  Chloé Julien


" L’idée de chaos comme état initial, et constant de l’humanité, est un des points principaux de départ de cette série de collages et des peintures à l’huile qui en découlent, nouveau processus de travail qui a débuté fin 2011.
La scène finale de Zabriskie Point, film emblématique de Michelangelo Antonioni, m’a profondément marquée : L’héroïne principale fait exploser mentalement, une villa contenant des objets de consommation de luxe. Les éclats, suspendus dans l’air, forment une image hypnotique et leur envolée est accompagnée de la musique romantique de Pink Floyd au ralenti... Cette association contradictoire purement esthétique qui procède d’une mise en scène dans une piscine afin de lisser les images et les couleurs qui nous apparaissent de face, est un exutoire qui finit par catalyser toutes les émotions. Il semble à la fois répertorier chaque déchet dans l’air et les mettre en évidence afin de leur redonner une place plus «juste», primitive, organique, flottant dans l’air dans une nouvelle harmonie colorée. Le spectacle qu’on vit face à l’explosion de produits emblématiques de la société de consommation, cette beauté là est cathartique.

J’utilise des images de magazines de mode, de photo ou de porno. En premier lieu : je pense à ruiner l’harmonie, et faire voler en éclat ce qui fascine, ce détournement, à la manière d’un morceau de musique expérimental: «Noise», ou d’une «coupe» de Gordon Matta-Clark me permet de faire cheminer le cerveau dans un espace qu’on ne peut saisir facilement. La chirurgie de l’image est en œuvre : extraire, voir disséquer des matières sans se soucier de la représentation originale. Ces images de magazines, représentent un paroxysme de la séduction sociale, elles se ressemblent toutes, et font cohabiter sans hiérarchie sublime et réalisme à des but mercantiles. Leur physicalité m’intéresse plus qu'une image prise sur internet, manquant de matérialité, de rudesse. J’utilise, en passant par la dissection des images, des processus similaires de fabrication (agrandissement, composition, colorisation, trompe-l’œil) à des fins complètement différentes. 
Détournées et recomposées dans un espace vide, mental, la transformation violente des images initiales se fait sentir: elles ont été dépouillées, évidées, puis «réparées», grâce à l’aimantation fragmentaire, plus ou moins aléatoire. 

Cela tend à rendre compte d’un mécanisme humain. Incomplet : il l’est toujours, et il est voué à des métamorphoses qui ne mèneront nulle part, qu’à l’état de ce mouvement perpétuel. L’état constant : est celui de la métamorphose, du chaos, des tentatives de fusions contrariées. C’est une contradiction que je ne peux expliquer autrement. Même si ça tend vers l’explosion, je prends un soin tout particulier à ces ruines, comme s’ils étaient des émaux, des miniatures. Je ne cherche pas à reproduire un effet «naturel». La retranscription, et la mise en situation dans un espace plus grand, en peinture à l’huile, sont un détournement supplémentaire qui ajoute, à la confusion par le trompe l’œil, et la sensualité de l’huile qui donne une impression de proximité. On voit tout, de très près : mais on ne voit rien. Le corps est là, et pourtant il n’est le centre de rien : on le soupçonne partout, sans le reconnaître, il n’est que pris dans un mécanisme, qui ne mène à rien d’autre qu’à tourner comme une machine, et à faire acte d’une présence que je souhaite très ambigüe, et finalement bien immobile. 
Je tente d’offrir des chemins de compréhensions parasites, incomplets, un nouveau «pli», de l’image, en essayant d’être entre l’abstraction et la figuration : je pense autant à Bosch qu’à Kandinsky, autant à Bellemer qu’à Stella et m’intéresse depuis peu à la peinture réaliste et hyper réaliste actuelle, comme la façon dont Chuck Close, isole l’image zone par zone et accède à sa matière, d’une façon ultra pragmatique. "

Chloé Julien (2013)







Ersilie, ville et fils

" A Ersilie, pour établir les rapports qui régissent la vie de la ville, les habitants tendent des fils qui joignent les angles des maisons, blancs,ou noirs, ou gris, ou blancs et noirs, selon qu' ils signalent des relations de parenté, d'échange, d'autorité, de délégation. 


Quand les fils sont devenus tellement nombreux qu'on ne peut plus passer au travers, les habitants s'en vont : les maisons sont démontées ; il ne reste plus que les fils et leurs supports.
Du flanc d' une montagne, ou ils campent avec leurs meubles, les émigrés d' Ersilie regardent l'enchevêtrement de fils tendus et de piquets qui s' élève dans la plaine. C' est là toujours la ville d'Ersilie ; et eux même ne sont rien.



Ils réédifient Ersilie ailleurs. Avec des fils ils tissent une figure semblable qu' ils voudraient plus compliquée et en même temps plus régulière que l' autre. 

Puis ils l' abandonnent et se transportent encore plus loin, eux- même et leurs maisons.


Ainsi en voyageant sur le territoire d' Ersilie ; tu rencontres les ruines des villes abandonnées, sans les murs qui ne durent pas, sans les os des morts que le vent fait rouler au loin : des toiles d' araignée de rapports enchevêtrés qui cherchent une forme."


Italo Calvino - Les Villes invisibles 






illustrations : Amy Casey






Spéciale dédicace à Ktoo pour son ambition de création sur le "fil" ...

jeudi 4 février 2016

Terunobu Fujimori

藤森 照信, Fujimori Terunobu (1946-.) 

Architecte japonais. Historien de l’architecture japonaise jusqu'en 1990, il décide de mettre en pratique certaines expériences architecturales, en commençant par sa propre maison.
Il réalise notamment des maisons de thé  particulièrement étonnantes.

Proche de l’architecture ancestrale japonaise avec l'utilisation de matériaux naturels tels que le bois (dont bois brûlé, ou des arbres entiers) et la terre, auxquels il intègre volontiers les végétaux, sa démarche est indissociable du
 contexte environnemental de sa construction.

Constructions 
improbables, biscornues parfois d'apparence frêles qui défient la gravité, perchées ou suspendues, agrémentées d'appendices décalés, posés là, comme en équilibre.
De prime abord, en décalage avec la philosophie zen, épurée et rigoureuse, mais en apparence seulement, car assurément dans la continuité de cette culture-là.


Principales réalisations : Maison de thé Takasugi-an à Chino, l’Onsen Lamune à Takeda, le musée d’art Nemunoki à Kakegawa, la maison du chocolat Kokubunji à Tokyo, ... En 2006, il représente le Japon à la Biennale de Venise.








ne pas passer à côté de Takasugi-an
et conférence donnée à l'Ecole d'Architecture de Strasbourg par Terunobu Fujimori

lundi 1 février 2016

Anamorphose









Medusa la déesse que l’on ne peut fixer du regard sous peine de finir figé à jamais en statut de pierre.

Les artistes des groupes Ninja1 et Mach505 ont « anamorphosé » la déesse déchue. Cependant elle vous apparaîtra seulement lorsque vous aurez trouvé l’angle de vision parfait.

Attention à ne pas finir en pierre…

Takasugi-an

Petit pavillon à thé sur piliers en bois


Conçu par l’architecte Terunobu Fujimori pour son usage personnel, Takasugi-an est un petit pavillon de thé construit en hauteur à Chino au Japon.

En japonais, Takasugi-an signifie un pavillon de thé (construit) trop haut. Perché sur deux troncs de châtaignier provenant de la montagne toute proche est accessible par une échelle et n’a qu’une fenêtre.













dimanche 31 janvier 2016

Oblique

Photographie de Fan Ho



" Courons vers l'horizon, il est tard, courons vite, 
Pour attraper au moins un oblique rayon."

Charles Baudelaire

samedi 30 janvier 2016

Reflet


Photographie et haïku* de Hervé Colard





glanée sur le blog Plages de silence




* haïku 俳句  " forme poétique très codifiée d'origine japonaise (...) Il s'agit d'un petit poème extrêmement bref visant à dire et célébrer l'évanescence des choses" (source : Wikipedia)