E x t i m e (journal)

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dimanche 11 septembre 2016

Quelque chose noir

Au matin
Je suis habitant de la mort idiote la tête comme un porridge
Les oiseaux s'envolent à l'avoine noire de fumée (il est quatre heures, il est cinq heures)
Les arbres s'habillent de fond en comble
Dans mon bol des archipels de boue noire qui fondent
Je bois tiède
L'église, le sable, le vent irrésolu
J'avance d'une ligne, à deux doigts
Je voudrais nous coucher tête-bêche
Tes yeux sur ma bouche à la place de ce rien

Jacques Roubaud, Quelque chose noir

lundi 30 mai 2016

Vo(s)lut(t)es

 Volutes Vos luttes partent en fumée 
Mehzmet Ozgur
Vos luttes font des nuées 
Des nuées de scrupules 

Vos luttes partent en fumée
Vers des flûtes enchantées
Et de cruelles espérances

Me lancent
Des dagues et des lances
En toute innocence

J'cloue des clous sur des nuages
Un marteau au fond du garage
J'cloue des clous sur des nuages
Sans échafaudage

Vos luttes partent en fumée
Sous les yeux embués
D'étranges libellules

Pour une grimace et un rictus
De plus
J'fais des heures sup'

Je m'en donne de la peine
Je cogite je m'agite
Je rejoue la scène

J'cloue des clous sur des nuages
Un marteau au fond du garage
J'cloue des clous sur des nuages
Sans échafaudage

Et mon corps de se vouer
A des lunes surdouées
Aux courbes souveraines

Pleines pleines

Vos luttes partent en fumée
Sous des soleils qui s'ignorent
Dor- dormez

Mes réponses allongées
Mes que dire
Mes que faire
Mais comment ça tient en l'air

Ces deux hémisphères
Par quel mystère

J'cloue des clous sur des nuages
Un marteau au fond du garage
J'cloue des clous sur des nuages
Sans échafaudage

Vos luttes partent en fumée ...

Alain Bashung

dimanche 29 mai 2016

Sur le fil (de coton)




Après les pluies drues du printemps, Joseph et son fils Noé aiment observer le ciel et ses nuages. le père et le fils enlacés l'un à l'autre s'amusent à deviner les contours et dessins que forment ces cotons blancs et moelleux dans la voûte céleste.

Quand Noé part en vacances chez sa mère, Joseph ne voit plus aucun signe dans les nuages, il ne voit que l'immensité du vide au dessus de lui. Où vont ses rêves ?
Pour les retrouver, Joseph n'a qu'une envie : se défaire de la gravité : "Vivre consisterait à s'évaporer".
le père livré à sa solitude veut être comme le nuage, rincé de la pluie. Délester les obligations, stopper la folle course du temps et la cavale effrénée des jours.


Thomas Vinau, La part des nuages

mercredi 10 février 2016

Corps chaos




Collages de  Chloé Julien


" L’idée de chaos comme état initial, et constant de l’humanité, est un des points principaux de départ de cette série de collages et des peintures à l’huile qui en découlent, nouveau processus de travail qui a débuté fin 2011.
La scène finale de Zabriskie Point, film emblématique de Michelangelo Antonioni, m’a profondément marquée : L’héroïne principale fait exploser mentalement, une villa contenant des objets de consommation de luxe. Les éclats, suspendus dans l’air, forment une image hypnotique et leur envolée est accompagnée de la musique romantique de Pink Floyd au ralenti... Cette association contradictoire purement esthétique qui procède d’une mise en scène dans une piscine afin de lisser les images et les couleurs qui nous apparaissent de face, est un exutoire qui finit par catalyser toutes les émotions. Il semble à la fois répertorier chaque déchet dans l’air et les mettre en évidence afin de leur redonner une place plus «juste», primitive, organique, flottant dans l’air dans une nouvelle harmonie colorée. Le spectacle qu’on vit face à l’explosion de produits emblématiques de la société de consommation, cette beauté là est cathartique.

J’utilise des images de magazines de mode, de photo ou de porno. En premier lieu : je pense à ruiner l’harmonie, et faire voler en éclat ce qui fascine, ce détournement, à la manière d’un morceau de musique expérimental: «Noise», ou d’une «coupe» de Gordon Matta-Clark me permet de faire cheminer le cerveau dans un espace qu’on ne peut saisir facilement. La chirurgie de l’image est en œuvre : extraire, voir disséquer des matières sans se soucier de la représentation originale. Ces images de magazines, représentent un paroxysme de la séduction sociale, elles se ressemblent toutes, et font cohabiter sans hiérarchie sublime et réalisme à des but mercantiles. Leur physicalité m’intéresse plus qu'une image prise sur internet, manquant de matérialité, de rudesse. J’utilise, en passant par la dissection des images, des processus similaires de fabrication (agrandissement, composition, colorisation, trompe-l’œil) à des fins complètement différentes. 
Détournées et recomposées dans un espace vide, mental, la transformation violente des images initiales se fait sentir: elles ont été dépouillées, évidées, puis «réparées», grâce à l’aimantation fragmentaire, plus ou moins aléatoire. 

Cela tend à rendre compte d’un mécanisme humain. Incomplet : il l’est toujours, et il est voué à des métamorphoses qui ne mèneront nulle part, qu’à l’état de ce mouvement perpétuel. L’état constant : est celui de la métamorphose, du chaos, des tentatives de fusions contrariées. C’est une contradiction que je ne peux expliquer autrement. Même si ça tend vers l’explosion, je prends un soin tout particulier à ces ruines, comme s’ils étaient des émaux, des miniatures. Je ne cherche pas à reproduire un effet «naturel». La retranscription, et la mise en situation dans un espace plus grand, en peinture à l’huile, sont un détournement supplémentaire qui ajoute, à la confusion par le trompe l’œil, et la sensualité de l’huile qui donne une impression de proximité. On voit tout, de très près : mais on ne voit rien. Le corps est là, et pourtant il n’est le centre de rien : on le soupçonne partout, sans le reconnaître, il n’est que pris dans un mécanisme, qui ne mène à rien d’autre qu’à tourner comme une machine, et à faire acte d’une présence que je souhaite très ambigüe, et finalement bien immobile. 
Je tente d’offrir des chemins de compréhensions parasites, incomplets, un nouveau «pli», de l’image, en essayant d’être entre l’abstraction et la figuration : je pense autant à Bosch qu’à Kandinsky, autant à Bellemer qu’à Stella et m’intéresse depuis peu à la peinture réaliste et hyper réaliste actuelle, comme la façon dont Chuck Close, isole l’image zone par zone et accède à sa matière, d’une façon ultra pragmatique. "

Chloé Julien (2013)







Ersilie, ville et fils

" A Ersilie, pour établir les rapports qui régissent la vie de la ville, les habitants tendent des fils qui joignent les angles des maisons, blancs,ou noirs, ou gris, ou blancs et noirs, selon qu' ils signalent des relations de parenté, d'échange, d'autorité, de délégation. 


Quand les fils sont devenus tellement nombreux qu'on ne peut plus passer au travers, les habitants s'en vont : les maisons sont démontées ; il ne reste plus que les fils et leurs supports.
Du flanc d' une montagne, ou ils campent avec leurs meubles, les émigrés d' Ersilie regardent l'enchevêtrement de fils tendus et de piquets qui s' élève dans la plaine. C' est là toujours la ville d'Ersilie ; et eux même ne sont rien.



Ils réédifient Ersilie ailleurs. Avec des fils ils tissent une figure semblable qu' ils voudraient plus compliquée et en même temps plus régulière que l' autre. 

Puis ils l' abandonnent et se transportent encore plus loin, eux- même et leurs maisons.


Ainsi en voyageant sur le territoire d' Ersilie ; tu rencontres les ruines des villes abandonnées, sans les murs qui ne durent pas, sans les os des morts que le vent fait rouler au loin : des toiles d' araignée de rapports enchevêtrés qui cherchent une forme."


Italo Calvino - Les Villes invisibles 






illustrations : Amy Casey






Spéciale dédicace à Ktoo pour son ambition de création sur le "fil" ...

jeudi 4 février 2016

Terunobu Fujimori

藤森 照信, Fujimori Terunobu (1946-.) 

Architecte japonais. Historien de l’architecture japonaise jusqu'en 1990, il décide de mettre en pratique certaines expériences architecturales, en commençant par sa propre maison.
Il réalise notamment des maisons de thé  particulièrement étonnantes.

Proche de l’architecture ancestrale japonaise avec l'utilisation de matériaux naturels tels que le bois (dont bois brûlé, ou des arbres entiers) et la terre, auxquels il intègre volontiers les végétaux, sa démarche est indissociable du
 contexte environnemental de sa construction.

Constructions 
improbables, biscornues parfois d'apparence frêles qui défient la gravité, perchées ou suspendues, agrémentées d'appendices décalés, posés là, comme en équilibre.
De prime abord, en décalage avec la philosophie zen, épurée et rigoureuse, mais en apparence seulement, car assurément dans la continuité de cette culture-là.


Principales réalisations : Maison de thé Takasugi-an à Chino, l’Onsen Lamune à Takeda, le musée d’art Nemunoki à Kakegawa, la maison du chocolat Kokubunji à Tokyo, ... En 2006, il représente le Japon à la Biennale de Venise.








ne pas passer à côté de Takasugi-an
et conférence donnée à l'Ecole d'Architecture de Strasbourg par Terunobu Fujimori

jeudi 5 novembre 2015

Du (dé) fini à l' ∞


"Une limite n'est pas ce qui met une fin (...) la limite est le lieu du commencement de la présence d'une forme" 

Heidegger, Costruire, Abitare, Pensare



" Chaque lieu urbain renvoit à d'autres et n'existe ou ne consiste que dans ce renvoi. Aucun de ces lieux ne se clôt tout à fait. "

Jean Luc Nancy, La ville au loin




Les anneaux, Daniel Buren et Patrick Bouchain,  Nantes (44)
Photographie de L.




Le long de la Loire et du hangar à bananes, l'œuvre est composée de 18 anneaux d'acier galvanisé de 4 mètres de diamètre et de couleur argent, fixés sur d'anciens bollards du quai, à égale distance les uns derrière les autres. La nuit, des leds éclairent les anneaux, alternant rouges, verts et bleus.

Les Anneaux ont été créés pour laisser place à l'interprétation du visiteur. 
Néanmoins Daniel Buren a souhaité inscrire son œuvre dans l'histoire de la ville et sa géographie. Ainsi, les cercles formés font référence aux anneaux qui enserraient et emprisonnaient les esclaves, en référence au commerce triangulaire dont Nantes a été la plaque tournante au XVIIIe siècle.

De même, ils évoquent des anneaux de mariage unissant le fleuve, la mer et la terre sur un espace à la croisée des éléments.

( source Wikipédia)








samedi 24 octobre 2015

Ballons de baudruche









Rie Hosokai
et Takashi Kawada, deux couturiers japonais, sont à l’origine de cette série de créations intitulée Daisy Balloon. Entièrement confectionnées en ballons de baudruche, ces robes sont le résultat d’un travail et d’un processus de fabrication délicats. Le projet a été présenté dans le cadre de l’exposition « Piece of Peace » installée alors au Parco Museum de Tokyo.


samedi 17 octobre 2015

Les Eoliens, Jardiniers du vent




























"Bird landscape" Les Eoliens
Festival d'art de l'Estran, Trégastel, 26-27 septembre 2015

Bambou (phyllostachys sp) osier (salix viminalis) fil de fer et plumes d'anges (angelus maliciosus).

et pour les voir en mou-v(em)ent
Les Eoliens, jardiniers du vent

lundi 28 septembre 2015

Heureux comme un poisson dans l'd'eau !





Sabrina Lucas, graphiste, illustratrice, styliste, entrepreneur, véritable touche à tout.

 "La mode en transparence" (5ème édition du festival nantais SPOT - un défilé de mode sur le thème ) 





mercredi 23 septembre 2015

Utopie VS Actualité

Passage : 1week1project dreams of opening the border between Europe and Africa






Crossing the Mediterranean is one of the most perilous journeys for the migrants seeking sanctuary in Europe. Since November 2014 and the launching of the Operation Triton, European Union has deployed security means to counter this massive arrival instead of setting up an effective humanitarian operation. In the meantime, the number of migrants drowning while attempting to cross the Mediterranean has been increasing every day.




1week1project dreams of opening the border between Europe and Africa. This utopia breaks up the shores and gives birth to a ford (a bridge) linking the continents.


Passage questions the idea of borders. Closing them kills more than it regulates the flow of migrants. Wouldn’t it be better to accept this migration?










dimanche 23 août 2015

Giacometti (5)

"Je diminuais la sculpture pour la mettre à la distance réelle où j'avais vu le personnage (...) En outre, pour appréhender l'ensemble, pour ne pas me noyer dans le détail, il fallait que je sois loin ... Alors je reculais de plus en plus jusqu'à la disparition "
Alberto Giacometti