E x t i m e (journal)
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samedi 4 février 2017
dimanche 15 janvier 2017
samedi 7 janvier 2017
mercredi 14 décembre 2016
Jules Andrieu
Jules Andrieu , Tensions Physiques in-situ, 13 mars 2013, Aix-en-Provence
Essai photographique composé d'une série de "Tensions Physiques in-situ" travaillant le corps tel un segment réceptionné dans un lieu "à sa taille". La volonté d'inscrire spontanément le corps comme médium / outil permet de développer son potentiel ( résistances, adaptation au contexte, esthétique...)
Intervenir dans un lieu public sans cale ou "prothèse" est une contrainte que je tente de garder pour autonomiser le corps, contrairement au travail de Philippe Ramette, me distancer des One Minute Sculpture d'Erwin Wurm, du planking de Charles Ray, créer une différence avec le planking commun...
Créer l'éphémère par une tension émergée puis dissipée est une forme d'espace intermédiaire qui me permet d'interroger la rencontre entre 2 potentiels ( lieu et corps ). L'oeuvre m'apparaît comme une différence de potentiel, soit une circulation.
L'architecture prise au mot... L'intégration du corps au coeur de l'École Nationale Supérieure d'Architecture de Nancy pour sentir les mesures mises au point par l'architecte Livio Vacchini. Une brique béton est utilisée comme élément de concrétion, de cale afin que le corps s'autonomise dans la diagonale des couloirs de l'école au béton d'argent...
Tension physique in-situ : Tunnel, Dorsaux, 2 mai 2013. Athlète de 188cm et tunnel - Assistante : Isabelle MEUSER
Longtemps j'ai cherché par quel moyen je pouvais montrer et transporter mon art partout sans contrainte majeure...
J'ai découvert mon curriculum vitae transportable : mon corps est mon propre outil autoporté ! ( pensée du 3 mai 2013 ).
Enfin un tunnel à échelle humaine ! Par sa largeur réduite, j'ai pu créer des variantes à ce travail de segment : montrer les tensions du corps en accord avec les caractéristiques du contexte grâce aux parois adhérentes du tunnel. Nouvelle variante sur "la résistance du matériau".
mardi 13 décembre 2016
L'espace qui lie
" Les corps chutaient plus par légèreté que par gravité. L'espace nous liait davantage."
Jean-marc Parisis, Les aimants
Jean-marc Parisis, Les aimants
lundi 28 novembre 2016
Travail dans l'inachevé
par François Chaslin
" Superpositions, nouages des unes et des autres, images fixes et images en mouvement cherchent toujours le même tressement indénouable de la figure et du fond. " François Rouan
" Deux visions s'affrontent l'une selon laquelle la ville moderne serait nécessairement centrifuge, appelée à
se disperser dans les territoires sans borne de la mégalopole et qu'il y a là un phénomène à la fois fascinant et irrépressible.
L'autre selon laquelle il importerait au contraire de rassembler, de reconquérir et densifier les territoires qui ont été déjà gaspillés, et de cesser de bâtir la ville hors de la ville.
Celle qui voudrait que la ville soit une succession d'entités, une collection d'oeuvres achevées, d'atmosphères, de typologies à protéger parce que chacune témoignerait d'un âge particulier de la civilisation urbaine et reléverait d'une cohérence particulière.
Et celle qui considère la ville comme un
perpetuel inachèvement, le fruit de mécanismes de substitution, un continuum historique à certains égards vertigineux dont il faudrait faire I'archéologie et dont il conviendrait avant d'agir, de comprendre
à chaque fois la généalogie.
En arrière-plan, deux imaginaires.
Celui de la forme pure, finie, idéale.
Et celui de I'impureté, de l'informe.
Deux topologies, celle de I'espacement de la dilatation et de la discontinuité. Et celle du contact,du collage, de l'imbrication voire de la confusion des espaces sédimentés.
Deux visions de la démocratie et de la solidarité humaine. Enfin deux attitudes face à la création architecturale. Celle du geste singulier. Et celle du dialogue et de la négociation, du travail infiltré au sein des règlements et des contraintes, de la composition plurielle, voire de la banalité.
Cette seconde approche est celle qu'a théorisé et tenté de pratiquer Antoine Grumbach depuis plus de vingt ans déjà qu'il parle de la mémoire et de la nécessité de "faire la ville sur la ville" .
Cette démarche à caractère général et philosophique, plus vitaliste que conservatrice bien qu'elle ait mûri dans la période postmoderne, fut longtemps considerée comme historiciste.
Elle se confronte aujourd'hui aux nouveaux espaces des périphéries, à diverses échelles, II y a bien évidemment quelque chose d'intime et de personnel dans la démarche d'Antoine Grumbach, quelque chose qui est enfoui dans le tréfonds de son inconscient, et dont témoignent cette manière qu'il a de nouer les doigts, de mêler les mots jusqu'à I'essoufflement, d'aimer les toiles nattées de François Rouan, de plier et tresser physiquement ses architectures et surtout de vouloir faire de la ville un entrelacs d'espaces et de temporalités. D'une insondable complexité, d'une angoisse de l'inachèvement perpétuel, d'une obsession, il a su faire une doctrine qui a valeur générale . En cela, il est exemplaire, intellectuel sur la scène architecturale. Praticien autrefois hanté par l'archéologie et par les ruines (jusqu'à en construire de neuves), amoureux de villes travaillé par l'idée de dérive "psychogéographique", enseignant qui tenta de saisir, parfois de cartographier l'épaisseur spatiale et historique des sédimentations urbaines, il emploie les outils conceptuels de sa génération, principalement l'analyse structurale et la psychanalyse, disciplines troublantes qui, assez discrètement, guident sa quête de la mémoire humaine, de la trace. de la blessure peut-être, de l'impur et de l'hétérogène, du lien et de l'entre-deux.
II y a là aussi quelque chose d'une métaphysique juive de l'espace, parcourue depuis l'origine des temps par l'idée du nomadisme, du passage, de la transformation, de l'inachèvement et de l'attente, et la peur de la dispersion. Avec au fond cette conscience de la particulière dureré des temps, quand la violence des transformations urbaines traumatise la ville et le legs des civilisations. Ce qui n'est pas neuf mais à un rythme plus grand que dans d'autres époques. a des échelles surtout beaucoup plus vastes. "
| François Rouan |
samedi 19 novembre 2016
mercredi 14 septembre 2016
Répercussions à double sens
Sur le livre par Jacques Roubaud (Parc sauvage)
" Les circonstances de la lecture font partie de la lecture : aussi bien le livre concret que son apparence, son format, son poids, sa typographie, que le volume d'espace réel au sein duquel nous l'avons lu : un train, un lit, une herbe. Le livre, l'œuvre, est cela pour nous. Il est tout autant que la lettre exacte de son texte, vérifiable en le rouvrant ( et pas toujours compatible avec notre souvenir ! ), ce que nous en avons retenu (les « circonstances » en font partie). Tout autant que l'immobilité stable de ses mots, dans ses pages, l'allure de nos yeux sur ses lignes, l'intensité variable de notre regard. Mais les livres que nous avons lus « colorent » en retour, d'une manière au moins aussi forte, les lieux et les circonstances dans lesquels nous les avons ouverts."
dimanche 11 septembre 2016
Toît d'eau
Stelios Kois, architecte
Ile de Tinos, 2013
Situé dans la partie nord des Cyclades, Tinos est la troisième plus grande île de l'archipel. Bien connu comme "l'île de Madonna", Tinos est le plus grand centre de pèlerinage en Grèce. Dans son paysage accidenté, les collines rocheuses pondent plus de 40 villages, comme des fragments de marbre d'une statue antique dispersés à travers les collines. L'île est célèbre pour son architecture préservée, ses villages pittoresques et de beaux paysages. Plus d'un millier d'églises se trouvent sur les pentes et collines, un millier de pigeonniers, tandis que des chefs-d'œuvre de l'architecture et des dizaines de moulins abandonnés locaux se trouvent dans ses ravins et les vallées. Le paysage est bordée par des milliers de kilomètres de murs en pierre sèche qui rendent le paysage visuel unique. La résidence est située sur abrupte pente rocheuse terrain orienté plein sud avec vue sur la mer Égée. Il est une structure à un seul niveau et a une surface de 198 mètres carrés. L'emplacement permet bénéficiant d'une vue magnifique et panoramique sur le paysage terrestre et marin. Notre objectif était d'intégrer le bâtiment dans le paysage comme il était partie. L'espace de vie est couvert par un pool de cerclées qui produit un effet visuel de l'eau s'étendant à l'horizon, de fuite et la fusion avec le paysage. De loin, surtout si vu de la trajectoire d'approche, sur un terrain plus élevé, la seule caractéristique visible de la maison est l'eau de la piscine. L'eau pendant la journée reflète les formations rocheuses environnantes et pendant la nuit l'étoile remplie ciel nocturne. La plupart des matériaux de construction visibles ont été trouvés dans les environs et ont été utilisés pour rendre la maison «disparaissent» dans le paysage. Les techniques locales ont également été empruntés comme la construction de mur sec caractéristique trouve en abondance dans l'île. Cette technique a été mise en œuvre avec des modifications mineures; sur les murs de remblai latéral de chaque côté du volume de la piscine. Les matériaux locaux ont un faible impact sur l'environnement tout en étant aussi très efficace en tant que matériaux d'isolation. Les parois arrière sont faites de terre retenue qui régule la température. La piscine, qui agit comme un toit assure une isolation et une protection contre le rayonnement solaire et de transmission de la chaleur. Nous voulions faire une maison fusionné avec son environnement, une oasis invisible caché aux yeux insoupçonnables. La maison est agit presque comme un point d'observation comme il se cramponne aux rochers et supervise le paysage en cascade spectaculaire.
lundi 25 juillet 2016
vendredi 8 juillet 2016
vendredi 1 juillet 2016
dimanche 19 juin 2016
dimanche 29 mai 2016
Sur le fil (de coton)
Après les pluies drues du printemps, Joseph et son fils Noé aiment observer le ciel et ses nuages. le père et le fils enlacés l'un à l'autre s'amusent à deviner les contours et dessins que forment ces cotons blancs et moelleux dans la voûte céleste.
Quand Noé part en vacances chez sa mère, Joseph ne voit plus aucun signe dans les nuages, il ne voit que l'immensité du vide au dessus de lui. Où vont ses rêves ?
Pour les retrouver, Joseph n'a qu'une envie : se défaire de la gravité : "Vivre consisterait à s'évaporer".
le père livré à sa solitude veut être comme le nuage, rincé de la pluie. Délester les obligations, stopper la folle course du temps et la cavale effrénée des jours.
Thomas Vinau, La part des nuages
samedi 28 mai 2016
Celui qui tombe
![]() |
| Celui qui tombe - Yoann Bourgeois Photographie - Géraldine Aresteanu |
" L’intention de la scénographie de ce spectacle vient de la pratique du cirque, c’est-à-dire le rapport aux forces et aux grandes contraintes de la physique, de la mécanique élémentaire, de la force centrifuge, de l’équilibre et du ballant. Ce plateau est pour moi une réduction de tous les agrès de cirque, une simplification qui rend visible les forces et ses rapports qui à leur tour deviennent source de drame et font naître des situations. Cette scénographie n’a donc pas une fonction de décor, au sens décoratif, mais elle est génératrice de la dramaturgie. Je voulais voir un spectacle sans décor ni accessoire et texte, avec que des hommes et des contraintes physiques. La scénographie a créé une dramaturgie.
On revient ainsi à l’étymologie même du mot dramaturgie : drame qui veut dire action ou un tissage des actions, donc cette scénographie est agissante. Nous avons écrit des actions, des situations éloquentes mais sans parole. Je cherchais cette théâtralité. " Yoann Bourgeois
article source ici
lundi 9 mai 2016
Pas d'exitation en haut (-parleur) lieu
Comment la musique prend-elle acte d'un espace architectural ?François Nicolas, Colloque L'espace re(dé)composé, Ircam 9-10 juin 2000(...)
Source de l'article ici
Enjeux esthétiques
Il est une longue tradition du compagnonnage entre architecture et musique : ces deux arts ont appris à se marier, l'architecture portant attention aux musiques qu'elle accueille et les musiciens s'adaptant aux lieux concrets que lui offre l'architecture.
Pour une oeuvre musicale, l'espace architectural est une donnée sensible. C'est un lieu concret, un site doté de caractéristiques affectant les sens. On sait qu'une même construction architecturale n'a pas du tout le même effet selon l'échelle présidant à sa réalisation, comme un tempo est susceptible de changer la physionomie d'une oeuvre musicale. Ainsi bâtir un lieu concret, doté d'une consistance sensible, est affaire de pensée architecturale.
La musique ne gagnerait guère à dénier les caractéristiques des espaces qu'elle occupe, moins encore à prétendre remplacer l'architecture dans sa responsabilité en matière d'édification de lieux. Il est patent que lorsque la musique prétend rivaliser avec l'art architectural dans la constitution d'espaces dits sonores, l'idée même d'espace devient une abstraction, perdant ces caractéristiques sensibles que l'architecture, seule, peut offrir : l'espace sonore ainsi constitué devient en vérité une simple spatialisation.
Une spatialisation, c'est ce qui a affaire non à un espace concret mais au spatial, à une abstraction donc. L'époque de la pensée voit ainsi une multiplication des catégories substantivant une qualité. Et si on parle aujourd'hui d'abondance du musical, du spatial, du politique..., c'est à mesure du fait qu'on est plus éloigné d'une musique effective, d'un espace sensible ou d'une politique donnée. Le spatial, c'est l'idée d'un espace abstrait conçu comme repère orthonormé à trois dimensions indéfiniment prolongeables et constituant un milieu isotrope. Ce que ne pense pas la catégorie du spatial, ce sont les murs, le sol et le plafond d'une salle, soient les limites de tout espace effectif. Or ce sont ces limites qui donnent réalité sensible au site architectural : vous aurez beau ceinturer votre lieu d'un chapelet de haut-parleurs, ceux-ci ne délimiteront pas une salle, car ils n'agiront pas comme limites sur lesquelles le son puisse rebondir : les sons auront beau provenir de cette ceinture, celle-ci ne constituera nullement une délimitation car cette ceinture demeurera ensuite ignorée par les sons qu'elle aura émis.
Il est habituel de sauter par dessus le gouffre entre spatialisation abstraite et espace concret en usant du qualificatif de " virtuel ".
Or, de deux choses l'une :
- Soit le qualificatif " virtuel " désigne ici la représentation mentale d'un site que génère la spatialisation, et il faudrait dans ce cas parler d'image d'espace, en mettant l'accent sur l'existence propre de l'image plutôt que sur l'inexistence de ce dont elle est image. Ce qui revient à dire qu'il faut prendre au sérieux l'image, son mode propre d'existence et singulièrement le fait qu'elle a une actualité, et que cette actualité lui est propre. Qu'il y ait différents types d'actualité (celle des images, et celle de ce dont ces images sont images) ne rature nullement le fait qu'une image agit (...) . Je plaide donc ici pour le fait de privilégier l'actualité de l'image sur la virtualité de ce dont elle est image.
- Soit le qualificatif " virtuel " est censé indiquer que ce qui est composé par la spatialisation aurait toutes les caractéristiques d'un site à la seule exception du fait que ce site n'est pas en acte et reste " en projet ". On relève alors le sophisme logeant au principe de cette assertion : car le projet d'un site ne saurait avoir les qualités sensibles d'un site en acte. Or ce qui intéresse l'oeuvre musicale, ce sont les sensations d'un lieu, les qualités sensibles d'un site concret en acte, non en intention.
Donc soit " virtuel " doit être remplacé par le mot " image ", soit " virtuel " dissimule un gouffre au lieu de le traiter.
Au total, si l'architecture est bien l'art de l'espace, je tiens qu'un art du temps n'a rien à gagner à délaisser son propre terrain et se divertir en se déguisant en un autre art déjà existant.
*
Quel est en fait le problème musical à l'origine de cette controverse ?
Le problème vient de l'électroacoustique : à partir du moment où le monde de la musique inclut des sonorités électroacoustiques, venant donc de haut-parleurs et non plus d'instruments de musique, le problème de l'espace se réactive. Ce problème ne relève nullement d'une défaillance de la pensée architecturale, du fait que celle-ci aurait pris du retard par rapport aux questions que lui poseraient les musiciens : le problème apparu tient aux matériaux sonores, non à l'espace. Il tient singulièrement au fait que ces matériaux sont projetés par des haut-parleurs. Or un haut-parleur n'est pas un instrument de musique, et la diffusion du son qu'il opère n'est pas le rayonnement qu'opère un instrument de musique. Et de cela, l'architecture n'est nullement en compte.
Le problème est donc d'ordre musical, et non architectural. Il peut se dire ainsi : comment arriver à faire de la musique avec des sons projetés par des haut-parleurs ? La réponse ici n'a rien d'évident.
Plusieurs solutions sont communément avancées :
- La première posera qu'il y a en fait deux mondes musicaux et non plus un seul : d'un côté le monde de la musique faite par les instruments traditionnels, et d'un autre côté le monde de la musique projetée par haut-parleurs.
Pour des raisons sur lesquelles je n'ai pas ici le loisir de m'étendre, je récuse cette théorie des deux mondes musicaux et soutient qu'il n'y a - qu'il ne peut y avoir - pour une oeuvre donnée qu'un monde de la musique.
- La seconde réponse, plus radicale, est de tenir qu'il faut, pour ces nouvelles sonorités, inventer un nouvel art, qui ne serait plus à proprement parler musical : on parlera ainsi d'art acousmatique, ou d'art des sons fixés... Je n'ai rien à objecter à cette position, qui a le courage de ce que Kant nommait une " pensée conséquente ", mais mon projet propre est de continuer la musique, non de fonder un nouvel art.
Le problème posé à la musique par ces sons projetés via des haut-parleurs tient à mon sens au fait que le haut-parleur n'est pas un corps physique : il n'est qu'une membrane et ceci ne suffit nullement à composer un corps. Or, me semble-t-il, un son est musical lorsqu'il procède du rayonnement d'un corps à corps entre le corps d'un musicien et le corps physique d'un instrument de musique.
Pourquoi alors m'intéresser malgré tout aux sonorités électroacoustiques si elles ne sont pas a priori musicales comme le sont les sonorités instrumentales ? Parce que le monde de la musique est - doit être - suffisamment vaste pour inclure en son sein ces nouvelles sonorités qu'on peut considérer comme constituant des images de musique. Finalement le monde musical contemporain a la chance de pouvoir s'élargir en incorporant les nouvelles images de musique que la technique met à sa disposition. Il en va de la puissance d'une pensée musicale d'incorporer dans son monde ces nouvelles images. Tout le point devient alors d'intégrer ce nouveau matériau selon des principes musicaux de cohérence sensible, principes qui n'ont guère à voir avec ceux de l'architecture (...) .
*
Que faire des haut-parleurs, en particulier comment traiter leur rapport singulier au site architectural ?
Il faut bien voir que ce rapport des haut-parleurs au lieu concret est jusqu'à présent un non-rapport puisque la manière d'agir d'un haut-parleur reste essentiellement indifférente aux particularités sensibles du lieu : un haut-parleur excite peu la salle, comme disent les acousticiens. Or cette indifférence du haut-parleur au site architectural n'est pas une vertu musicale mais plutôt une impuissance.
La solution usuellement pratiquée est alors celle qu'on a évoquée précédemment : encercler le site par une ceinture de haut-parleurs en sorte de s'abstraire du lieu.
J'ai indiqué quelques raisons musicales de ne pas se satisfaire de cette orientation. Il me faut y ajouter cette raison compositionnelle : s'abstraire du site en privilégiant la temporalité propre du haut-parleur vous conduit très immédiatement à accentuer ce que Freud, reprenant une expression de Romain Rolland, appelait, dans Le malaise dans la culture le " sentiment océanique " , soit la béatitude d'une impression de fusion avec un environnement naturel : la catégorie artistique de sensation fait ici place à celle psychologique de sentiment en même temps que l'épithète océanique épingle cette propension de l'auditeur à s'enfoncer dans son fauteuil pour se laisser porter par une substance physique plutôt qu'à se tenir dressé dans le qui-vive d'un discours - la propension à allonger toute sonorité d'origine électroacoustique, faute de pouvoir clairement l'articuler ou la phraser, est bien connue.
Pour donner un seul exemple de cette difficulté à profiler un son projeté par haut-parleur, je continue de buter sur l'incapacité pour un dispositif électroacoustique de reproduire la scansion nerveuse procurée par un simple claquement de mains, lequel met en branle, par le simple effet d'une brève intervention, les caractéristiques acoustiques du site et les révèlent selon un principe diamétralement opposé à celui de l'étalement d'une ambiance sonore.
Composer avec l'électroacoustique vous conduit insensiblement, faute de pouvoir convoquer ce genre de sensations, à vous laisser glisser vers des voiles sonores de plus en plus distendus, le vocabulaire des éléments naturels (nappes, marées, vents, souffles...) venant insensiblement se substituer à celui du discours musical.
Si l'on choisit de se tenir à distance de cette facilité offerte par la technique, et si l'on décide malgré tout d'incorporer au monde musical ces images rendues disponibles par cette même technique, comment les inscrire sous la loi de la pensée musicale plutôt qu'à l'inverse mettre la pensée musicale sous tutelle des caractéristiques spontanées de ces nouveaux matériaux ?
Mon projet est de rapprocher le dispositif électroacoustique des configurations instrumentales et pour cela de le doter d'une capacité à rayonner ce qui semble la condition minimale pour qu'il instaure, comme un instrument de musique ordinaire, un rapport sensible au site architectural dans lequel il prend place. Le principe de ce travail est donc de prendre pour modèle le corps physique instrumental.
L'idée est alors de disposer d'une boule de haut-parleurs c'est-à-dire d'un ensemble de haut-parleurs localisé en un point du site et agissant dans toutes les directions à partir de ce point en sorte de révéler les caractéristiques du lieu plutôt que de l'indifférencier.
Cette boule, que je propose d'appeler la Timée, a d'abord été réalisée sous forme d'un cube (6 haut-parleurs) avant de l'être prochainement sous forme d'un octaèdre (8 haut-parleurs). Ce que je vais donc vous faire entendre aujourd'hui reste un prototype.
Notre premier travail est d'apprendre à jouer de cette Timée, un peu comme le fait un instrumentiste de son biniou, en adaptant ses effets à l'acoustique particulière de chaque salle et à l'emplacement choisi pour y jouer (un peu comme le ferait un pianiste, déplaçant son instrument, l'orientant différemment, choisissant le degré d'ouverture du couvercle en fonction des particularités acoustiques du site). Ce travail n'aurait eu aucun sens sans la technique inventée par l'équipe d'Olivier Warusfel qui dote cette Timée de possibilités tout à fait spécifiques (qu'on appellera les modes de jeux de la Timée).
Ces modes de jeux ne suffisent pas à transformer cette boule en instrument de musique véritable. En effet si l'on conquiert bien ainsi :
1) la capacité du dispositif électroacoustique de rayonner et non plus seulement de projeter,
2) la capacité de ce dispositif d'entrer en rapport avec les particularités acoustiques du site architectural,
par contre, cette boule ne relève nullement d'un corps à corps et ne fait qu'émettre ce que j'appelais des images de musique.
En ce sens cette boule ne constitue pas, en l'état, un nouvel instrument de musique. Peut-être se rapproche-t-elle alors de ce qu'on pourrait appeler l'image d'un instrument (éventuellement d'un instrument imaginaire...), donc d'un générateur d'images instrumentales.
Démonstration
Pour que vous saisissiez l'apport de ce dispositif, je vais vous révéler progressivement les capacités de ce prototype.
Je partirai d'abord d'un simple haut-parleur que je comparerai aux performances d'un seul des six haut-parleurs de la Timée VI.
Ensuite je comparerai l'effet d'un seul de ces haut-parleurs au résultat brut de la mise en oeuvre des six haut-parleurs de la boule, mode de jeu basique désigné dans la suite comme mode omni.
Enfin je vous présenterai les principaux modes de jeux sur lesquels nous travaillons actuellement et qui nous sont rendus disponibles par le travail de recherche mentionné précédemment.
Essentiellement
- La figure techniquement désignée " en cardioïde "
- L'autre figure techniquement désignée comme dipôle.
Tout le reste est obtenu par combinaison de ces deux modes de jeux et du mode omni.
Premier résultat remarquable : on peut générer avec ce dispositif entièrement localisé un certain nombre d'effets obtenus par une ceinture de haut-parleurs (pas tous : on n'arrive pas exactement à encercler l'auditeur d'un son tournoyant autour de lui). Le but de la Timée n'est bien sûr pas là mais, somme toute, qui peut le plus peut le moins.
L'inverse, par contre, n'est pas vrai : tant qu'une véritable holophonie n'est pas techniquement réalisable, la ceinture de haut-parleurs ne saurait générer les effets de localisation facilement obtenables avec la Timée.
Ce dispositif met ainsi à la disposition du musicien différentes dialectiques spatiales ou plutôt, différentes dialectiques dans l'espace, toujours selon l'idée (l'axiome de ce travail) que la musique occupe un espace architectural, en tire parti pour son propre compte sans se substituer à ceux qui le configurent.
1) La dialectique du localisé et du délocalisé.
2) La dialectique du proche et du lointain y gagne en ramification.
Proche de distance / proche d'adresse (ou d'orientation)
3) La dialectique plus raffinée du son direct et du son réverbéré.
On gagne d'abord très facilement une meilleure réverbération (à quand une petite boule de haut-parleurs dans chaque salon réglée en dipôle pour la réverbération ?)
Ensuite on peut jouer d'une inversion des dispositions traditionnelles, en délocalisant le son direct et localisant la réverbération.
4) Dialectique plus subtile que je dirais du local et du régional, ou du point et du volume.
Deux cas de figures dans les exemples sonores :
1) ce que l'on désignera comme des ambiances ;
2) ce que l'on désignera comme des profils. Pour que ces profils soient intéressants et tirent parti des singularités de ce dispositif, il faut bien sûr que ces profils incluent un passage par la boule, une localisation donc.
(...)
Source de l'article ici
dimanche 8 mai 2016
In situ
" La dimension paysagère est aujourd'hui un constituant essentiel de l'architecture contemporaine. La nature a toujours eu la capacité d'infiltrer l'architecture, et l'inverse est vrai. Constater que les phénomènes de végétalisation et de minéralisation sont récurrents dans les projets laisse à définir les provenances idéologiques : peut-on parler d'architecture écologique ? Quel statut a la nature dans l'architecture ?
Les projets sur lesquels nous travaillons développent, à chaque phase, une approche sensible du contexte, à la manière d’un archéologue de la terre ou d’un artiste : prélèvements de matériaux sur le site, photos, manipulations, telle une conception biologique et cumulative du paysage.
L’architecture est constituée comme le paysage ; de couches, de strates, d’épidermes dont il faut souder la mémoire. Retrouver cette mémoire et les failles qui la nourrissent, conduit l’architecte à concevoir chaque projet dans un mouvement de déploiement, de fluidité, ininterrompu entre son ancrage dans un site précis et sa réalité constructive.(...)
Chaque projet joue sur l'oscillation entre naturel et bâti, par renvoi permanent de matières, de formes, l'un ne prenant jamais le dessus sur l'autre : on ne peut donc parler ni de camouflage de l'architecture par la nature (ou le paysage), ni d'instrumentalisation de la nature par l'architecture. Tout est question d'aller-retour entre le vrai et le faux, le lisible et l'opaque, le caché et le manifeste.
L’architecture est constituée comme le paysage ; de couches, de strates, d’épidermes dont il faut souder la mémoire. Retrouver cette mémoire et les failles qui la nourrissent, conduit l’architecte à concevoir chaque projet dans un mouvement de déploiement, de fluidité, ininterrompu entre son ancrage dans un site précis et sa réalité constructive.(...)
Chaque projet joue sur l'oscillation entre naturel et bâti, par renvoi permanent de matières, de formes, l'un ne prenant jamais le dessus sur l'autre : on ne peut donc parler ni de camouflage de l'architecture par la nature (ou le paysage), ni d'instrumentalisation de la nature par l'architecture. Tout est question d'aller-retour entre le vrai et le faux, le lisible et l'opaque, le caché et le manifeste.
La nature n'est pas un alibi esthétique ou idéologique qui viendrait parer, orner l'architecture. La modernité a coupé l'homme de sa culture ambiante, il est nécessaire de recréer un lien entre l'homme et son contexte.
D’après Alice Laguarda
samedi 7 mai 2016
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